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Journal de bord : 6 semaines en mer

Ça y est, les ¾ de la traversée sont derrière Stéphane.

"Encore ¼ et je retrouverai la terre ferme et ceux que j’aime … Je vous avoue que je suis plutôt très impatient

Cette semaine a encore été une semaine compliquée pour moi surtout sur le début. En effet les courants n’étaient pas vraiment favorables pour m’accompagner sur ma descente vers le Sud, j’ai eu de gros soucis de cap que je n’arrivais pas à maintenir et de vitesse, j’avais l’impression de me trainer, c’était vraiment frustrant.

Nouvelle galère dans mon aventure, lundi, je me rends compte que mon dessalinisateur ne veut plus fonctionner. Et bien évidemment, je n’ai pas assez de stock d’eau potable pour finir la traversée. C’est un réel problème, je sais bien que c’est une des causes d’abandon possibles … Sans eau impossible d’aller au bout, il faut donc, à tout prix, que je trouve un moyen pour faire repartir ce dessalinisateur. En même temps cela fait 2 jours que je n’ai pas vu le soleil et comme la nuit, en ce moment, je croise des cargos, j’allume tous mes feux ce qui consomme pas mal d’énergie. Je sais que le dessalinisateur est lui aussi très consommateur d’énergie, il faut donc que le soleil revienne absolument pour que mes panneaux solaires me donnent assez de puissance. J’estime ma consommation moyenne à environ 8 litres d’eau douce par jour, là il doit me rester 25 litres … Je ne pourrai donc pas tenir bien longtemps … En tous cas, dès que j’arrive à redémarrer ce satané dessalinisateur, je me promets de faire un maximum de réserves pour éviter la pénurie et l’angoisse de manquer. Mon inquiétude est assez vite balayée car dès le mardi, je retrouve le grand beau temps et, avec, le soleil qui me permet de faire redémarrer le dessalinisateur. Ouf, je suis sauvé, je ne manquerai pas d’eau …

Petit point physique : ce n’est pas brillant brillant. Même si au niveau escarres, c’est plutôt un peu mieux (j’ai installé sur mon siège de rame un coussin anti-escarres que ma mère m’avait poussé à prendre et que je viens de retrouver – Merci Maman !), en revanche la plaie de mon pied gauche ne se soigne pas comme je voudrais. C’est douloureux et ça ne cicatrise pas. L’autre jour j’ai retiré, à la pince à épiler, une petite boule de pue sur mon orteil sans tourner de l’œil. J’étais assez fier de moi, car je ne suis généralement pas très vaillant pour ce genre de chose. J’ai toujours très mal dans les mains. Je n’arrive plus à plier les doigts de la main gauche, comme si j’avais une tendinite dans chaque doigt … Je n’arrive même plus à allumer le briquet pour démarrer ma gazinière le matin …je suis obligé de tout faire de la main droite, ce n’est pas pratique du tout.

Mardi, je décide de m’octroyer ma première journée de repos depuis le début de l’aventure, je sens que j’en ai besoin, je suis fatigué. Je me paie donc le luxe de ne ramer que 2 heures sur la journée, je sens qu’il faut que je recharge mes batteries. Je prends donc mon temps, je lis une bonne partie de la journée, j’ai d’ailleurs fini les 2 livres que j’avais emmenés. J’entends d’ici Anne-So me dire « Ah, je t’avais bien dit d’en prendre au moins un 3e », en temps normal ça m’aurait agacé, mais là ça me manque ses petites réflexions … Je me rappelle que dans mes cadeaux de Noël, j’ai eu un livre, un livre particulier puisqu’il m’a été dédicacé par son auteur mon amie Samira … Je vais donc pouvoir me lancer à la découverte de son univers, ça va me faire un peu de compagnie. La solitude me pèse de plus en plus …

J’ai essayé une nouvelle activité cette semaine, la pêche à la traîne. En effet, j’ai retrouvé dans mon kit de survie une petite ligne de traîne et je me suis dit que j’allais tenter ma chance. L’idée de manger un poisson fraichement pêché me fait saliver … eh oui, je commence à me lasser de mes plats lyophilisés même si j’avoue que ce n’est pas si mal. Bref, je monte ma ligne, installe mes appâts et jette la traîne à l’eau. Je la remonte un peu plus tard, il n’y avait plus rien même plus d’hameçons … J’avais à priori prévu trop léger. Je retente donc l’opération, en prévoyant plus costaud et en sécurisant à mort mon installation, j’étais en train de mettre la ligne à l’eau, j’avais déjà déroulé quelques mètres et là je vois une énorme daurade mordre à l’hameçon avec une violence incroyable. C’est allé tellement vite qu’elle m’a tout arraché des mains, je n’ai donc pas eu de poisson et maintenant, je n’ai plus de jeu … . Ce ne sera donc pas poisson frais au menu du soir … Je ne confirme donc pas mon diplôme de pêcheur obtenu le 31 janvier avec cette magnifique daurade coryphène harponnée … Je sais d’avance ce que mes potes vont dire … Et ça me fait sourire !

Mercredi je suis confronté à un phénomène totalement nouveau et impressionnant. En effet, après une grosse journée de rame, le soir vers 21h30 alors que je ressors pour vérifier mes réglages, je m’aperçois que c’est pétole, pas un pet de vent, mes drapeaux sont en berne, une mer complètement étale au point que je n’ai même pas besoin de me tenir sur mon bateau, il n’y a aucun bruit, tout est tellement silencieux … C’est la première fois que je rencontre ce phénomène depuis le début de mon aventure, c’est limite flippant en tous cas c’est très déstabilisant … Le calme avant la tempête ? En fait, je suis dans le poteau noir (zone de rencontre des alizés Nord-Est et Sud-Est = zone où on ne peut rien prévoir, ce peut être le grand calme comme ce que je vis à ce moment-là ou le déluge avec des vents violents, contraires et tout cela de façon totalement aléatoire … ce qui n’a rien de rassurant …). Heureusement j’ai un peu de courant qui me permet tout de même de progresser. Ca ne loupe pas, quelques heures plus tard, je prends un gros grain. Le lendemain, je me lève c’est à nouveau une grosse pluie qui m’attend et pour la première fois depuis que j’ai quitté Dakar, je décide de ramer par ce mauvais temps pour continuer à avancer, je n’ai jamais été aussi proche du but …

J’en ai marre mais vraiment marre de dormir dans des draps humides, je me dis qu’il faut absolument que je fasse quelque chose. Ca sent de plus en plus le moisi dans ma couchette au point que je commence à ne plus le supporter … Mais je ne peux rien aérer ni rien sortir à cause des paquets d’eau qui arrivent constamment sur le pont du bateau …Je me dis que mouillé pour mouillé je vais tout de même tenter de faire sécher mon oreiller moisi dehors … Grand bien m’a pris, grâce à une petite période d’accalmie au niveau des vagues et à un soleil qui s’est montré très généreux, j’ai enfin pu faire sécher cet oreiller qui était mouillé depuis mon 1er chavirage … Je vais donc pouvoir dormir plus confortablement désormais, en tout cas dans une couchette qui sent moins mauvais, j’oserais même dire qui sent presque bon … 

Drame constaté à bord : je m’aperçois qu’il ne me reste qu’un fond de ma petite fiole de whisky et je vous avoue qu’en ce moment j’apprécie de m’en servir une lichette tous les soirs, au moment du coucher de soleil, dont certains sont vraiment magnifiques, je fais une petite pause de 5 – 1à minutes et je profite … Mais là, à ce rythme, je n’en aurais jamais assez pour aller jusqu’au bout de la traversée … Une pénurie bien contrariante. Ajoutez à cela que je risque aussi de manquer de café … Bref une fin de traversée qui s’annonce compliquée en termes de ressources incontournables … 

Pour conclure, je vous rassure, je vais globalement bien, le moral est là. Sur cette fin de semaine j’ai enfin retrouvé une veine de courant favorable qui me remonte vers les côtes guyanaises, j’ai repris de la vitesse … Bref, j’aperçois le bout de l’aventure … Je devrais arriver d’ici une grosse semaine, bientôt je pourrai me dire « dernier lundi, dernier mardi … », c’est une sacrée étape dans mon aventure.

Merci d’être là, avec moi, de me suivre, de m’encourager et même tout simplement de penser à moi. Vos ondes positives m’accompagnent encore et toujours. Merci à vous tous.

A bientôt."

Stéphane