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Journal de bord : déjà deux semaines

Déjà 2 semaines en mer, et le temps passe toujours aussi vite !

Message de Stéphane


"Une grosse galère vient de m’arriver, en effet, j’ai chaviré cette nuit (nuit de samedi 23 à dimanche 24). Vers minuit, alors que je dormais, j’ai soudain été réveillé par une sensation très bizarre, j’ai tout de suite compris que le bateau était en train de se retourner.

La mer n’était pas particulièrement déchaînée, j’ai juste mal pris une vague de côté, qui m’a retourné comme une crêpe …

Malheureusement j’avais un petit hublot ouvert pour me permettre de mieux respirer à l’intérieur de mon cockpit la nuit, l’eau a donc pu rentrer dans la cabine et tout tremper …

Sur le coup, j’ai vraiment eu le moral dans les chaussettes et puis je me suis ressaisi, j’ai fait un premier inventaire de la situation : 1 chaussure, mon ancre et 50 mètres de bout sont partis à la mer …

Une rame a été cassée (il m’en reste donc 4) … Je n’ai plus de feu donc je ne peux plus rien faire chauffer, c’est probablement une des choses qui va être le plus compliqué à gérer si je n’arrive pas à récupérer de quoi faire fonctionner ma gazinière … Mon matelas, mon duvet et mon oreiller sont trempés …

Heureusement mes caissons étaient bien fermés et rien de ce qui s’y trouvait n’a été mouillé … L’électricité semble fonctionner, mon GPS est en état de marche … Bref après ce premier bilan, je m’aperçois que je peux tout à fait continuer l’aventure, ce sera plus spartiate, moins confortable si on pouvait parler de confort avant … 
En dehors de cette galère, cette 2e semaine a été une vraie semaine de réglage : réglage de mon rythme et réglage de mes équipements et notamment de mon safran qui m’a posé pas mal de problèmes. En effet suite au souci que j’ai eu la semaine dernière (safran endommagé à cause du trainard), je n’arrivais plus à garder un cap constant sur la durée et ma vitesse était très limitée ? Ça plus le manque de vent sur une bonne partie de la semaine font que j’avais du mal à dépasser les 1,2 nœuds. Autant vous dire que j’étais particulièrement agacé par cette situation à laquelle je ne trouvais pas de solution. J’ai également cassé mon footstraps (la planche avec les scratch sur laquelle je pousse avec mes pieds lorsque je rame) à plusieurs reprises mais j’ai pu le réparer sans souci. Bref, vous l’avez compris, une semaine avec pas mal de galères … Après réflexion et discussions avec Dominique, mon routeur, je change mes réglages de safran et surtout, je décide de rééquilibrer mon bateau, j’avais probablement un peu trop chargé l’avant. En fin de semaine le vent se lève et mes nouveaux réglages semblent fonctionner, je reprends de la vitesse … ENFIN … J’ai même parfois l’impression de m’envoler avec des pointes à presque 3 nœuds …

J’ai fait un calcul pour mesurer ma progression en degrés de longitude, j’en ai compté 36 entre Dakar et Kourou. Ce dimanche matin, j’ai passé le « jalon » 9, je suis donc à environ ¼ du parcours total.

Mes kifs de la semaine (eh oui, il faut bien que je vous en parle, j’en ai aussi, je n’ai pas que des galères) :

-  J’ai assisté à plusieurs reprises à des ballets de poissons volants, c’est extraordinaire. Ils peuvent être 10 – 15 – 20 – 30 et ils sautent jusqu’à 1 mètre au-dessus de la mer, virevoltant ensemble comme s’ils étaient en représentation. Magnifique !

-  Un petit goéland est venu de poser sur l’avant de mon bateau alors que je ramais, majestueux !

-  Ah, je ne peux pas passer sous silence cette délicieuse mousse au chocolat lyophilisée (à tomber par terre), je décerne également une mention particulière au jambon à l’œuf et au gratin dauphinois, lyophilisés bien entendu

-  J’ai ouvert la bouteille de whisky que je me suis achetée avant de partir (il y a quand même des incontournables), mais ce n’est pas évident de se servir un petit verre à bord, tellement ça bouge tout le temps, il faut donc bien viser et attendre le bon moment (ou plutôt la bonne vague) pour éviter de tout renverser … Vous avez donc compris que j’ai eu quelques déboires de ce côté-là …

-  Une des boites surprise (que j’ouvre le soir avant de me coucher) m’a fait sourire. Elle avait été préparée par ma fille Romane : 1 pièce de 2 euros avec un petit mot : « Au cas où tu croiserais un marchand de glaces … », je vais la garder précieusement et je l’utiliserai pour m’acheter cette fameuse glace dès que je retrouverai la terre ferme – merci ma Chérie !

J’ai un peu augmenté ma cadence de rame, je suis à 5 – 6 heures de rame par jour, je ne rame toujours pas la nuit mais je me réveille toutes les 3 heures pour vérifier et, le cas échéant, rerégler mon cap.

Je suis bien entendu tout le temps attaché, il faut dire qu’on est tellement balloté dans tous les sens et sans arrêt, qu’il n’est pas imaginable de ne pas s’assurer. Les occasions de passer par-dessus bord sont bien trop nombreuses.

Mon dessalinisateur fonctionne bien, je le fais tourner environ 1 heure par jour en plein après-midi au moment où le soleil est le plus fort pour utiliser l’énergie de mes panneaux solaires car l’opération est extrêmement consommatrice d’électricité. En 1 heure, je récupère environ 5 litres d’eau, c’est juste ce dont j’ai besoin, au quotidien, pour ma consommation d’eau (boisson, préparation culinaire et toilette).

Je ne vois pas les journées passer, je fais ma petite vie sur mon poste de rame et dans mon petit cockpit. La vie s’organise donc doucement, tranquillement au rythme des vagues incessantes. J’avance mieux et plus facilement. Je me rends compte que j’acquiers, au fil du temps, des compétences qui me font grandir dans l’aventure. J’irai bien courir, mais bon, c’est un peu compliqué vu mon environnement, il va falloir que j’attende un peu …

Je m’aperçois que je suis totalement déconnecté du monde réel. Je sais qu’on est en décembre parce que c’est marqué sur mon GPS mais c’est tout … Ce soir c’est Noël mais je ne m’en rends pas bien compte. Je vais quand même me préparer mon petit réveillon à moi (loin de mes proches, c’est ce qui va être le plus dur), je vous raconterai tout ça lors de mon prochain journal de bord.

Joyeux Noël à vous tous.

Merci pour tous vos messages qu’Anne-So me transmet régulièrement et qui me portent."

Stéphane